BIENVENUE À GOMA D’ISABELLE COLLOMBAT (ROMAN)

bienvenue-à-goma-isabelle-collombatElsa vient de terminer le lycée et ce dont elle rêve c’est devenir journaliste.

Elle obtient un stage dans une station de radio où elle se retrouve aux premières loges de l’Histoire en marche. Nous sommes en 1994, au Rwanda une guerre oppose Hutus et Tutsis.

Elsa va alors être embarquée sur place avec la journaliste reporter Lucie. Cette dernière est sur un très gros coup, elle va enquêter sur l’implication de la France dans ce conflit meurtrier. Elsa est à 1000 lieues d’imaginer où elle met les pieds…

Un livre percutant ! Elsa nous embarque avec elle dans cette aventure, on découvre avec elle le métier de journaliste, ses enjeux, ses dangers. On découvre l’envers du décor, les horreurs du génocide rwandais, le détournement de l’aide humanitaire et la connivence de l’Etat français.

L’auteure, Isabelle Collombat, puise évidemment dans son expérience personnelle de journaliste. Elle était en effet à Goma en 1994 en tant que journaliste à Radio Gatashya-Goma (radio au service des réfugiés et des organisations humanitaires).
Autant dire qu’elle connait son sujet !

Ce livre, qui se lit comme un roman, se veut pédagogique. Il nous marque autant que les livres-témoignages sur le génocide rwandais. Captivant, émouvant et nécessaire, ce petit roman accessible à tous est à mettre sur votre Pile À Lire absolument.

 
 

Extraits :

« Lucie s’est penchée sur l’une de ces femmes. Visage anguleux et regard de fantôme. Une femme sans âge, une femme qui n’existait pas. C’est ce que je me suis dit quand je l’ai regardée, comme si son image allait s’évanouir. Un mirage de femme.

-Quel âge a-t-elle ?

Lucie a interrogé l’infirmière qui nous servait de traductrice.

Domitil avait vingt ans. Deux ans de plus que moi. J’ai écouté l’infirmière traduire les mots de Domitil qui savait déjà que sa petite fille ne vivrait pas. Le bébé qu’elle serrait contre elle mourrait sans doute de faim ou de froid. Domitil disait tout avec ses yeux, sa bouche, son corps tout entier.« 

« J’ai suivi Lucie dans le camp, j’ai évité le regard des enfants qui criaient : « Muzungu, le biscuit ! Muzungu ! » J’ai songé aux biscuits énergétiques que Jean-Marc avait entreposés à la villa pour nous, on en avait plein dans nos réserves. Et soudain on n’est pas allées plus loin. Un homme nous a interpellées, un réfugié, il a d’abord parlé en anglais, ce n’était pas courant, puis en français aussi.

-Comment tout cela est-il possible ? nous a-t-il demandé, en embrassant du regard tout le camp, les milliers de bâches, puis fixant tout près de lui le corps décharné d’une vieille recroquevillée dans sa hutte.

Lucie lui a tendu son micro.

-Je suis un instituteur et je vous en conjure : ne vous taisez pas. Dites-leur là-bas, chez vous, ce qui se passe ici. Vous n’avez pas le droit de vous taire ! Comment cela est-il possible ? « 

« Depuis mon réveil, la matinée s’était écoulée lentement, alors que jusqu’à présent, à Goma, le temps avait filé. Maintenant qu’il passait au ralenti, j’étais en manque.

Le vide autour de moi, et le silence aussi, m’a aspirée brusquement dans un tourbillon de panique.

J’ai marché de long en large. J’ai eu l’impression d’être morte. Et je suis devenue parano quand j’ai aperçu le garde au turban rouge, avec sa machette, et j’ai pensé aussi au vieil instituteur de Katale et à Domitil qui ne croyait pas que son nouveau-né puisse vivre, et aux bébés rampants, et à tous ces regards de morts vivants, dans les camps, toutes les atrocité commises à quelques mètres de là, juste derrière la frontière, et à ces trois types armés qui auraient pu me violer, me tuer, la veille, dans la nuit.

Et soudain, j’ai eu peur pour Lucie, je me suis dit qu’elle n’aurait pas dû partir au Rwanda, le pays maudit, à cause de tous ces gens qu’on avait tués par petits bouts, des morceaux de gens partout, comme dans les contes, sauf que là, on était loin de la légende. La terre là-bas, était encore imbibée de sang, un ossuaire géant.

Pourtant, je ne pouvais ignorer qu’une page était en train de se tourner au Rwanda. Les exilés tutsis du FPR avaient gagné la guerre. Depuis le 19 juillet, un gouvernement de coalition dirigeait le pays : il rassemblait le FPR et les anciens partis d’opposition. Pasteur Bizimungu, le président de la République, était d’ailleurs un Hutu modéré tandis que son vice-président, Paul Kagamé, un Tutsi, cofondateur du FPR. Les nouveaux dirigeants du pays appelaient tous les réfugiés rwandais à rentrer au pays.

Mais les rumeurs circulaient dans les camps : elles prédisaient les pires des représailles pour les Hutus, annoncaient même un second génocide. En conséquence, les candidats au rapatriement ne se bousculaient pas trop dans les bus du HCR.

Et, tout ça, tout à coup, est remonté en moi. J’ai trouvé un coin dans la pièce et j’ai glissé par terre comme si j’avais perdu mon centre de gravité. J’ai glissé par terre et je me suis blottie pour ne pas tomber. J’ai sangloté contre le mur et j’ai caché mes joues mouillées dans mes mains parce qu’on aurait pu me voir et m’entendre dans la villa sans porte ni fenêtre. Je n’ai pas pu m’en empêcher et je m’en suis voulu de ne pas avoir des nerfs d’acier.« 

Pour info : vous pourrez trouver ce roman à la Média, dans l’Espace Ados (ADO COL).

 
 

Pchallenge-littéraire-afriqueour participer au challenge littéraire ou découvrir d’autres romans sur l’Afrique, c’est ici sur le blog DesLiresDesToiles

 
 
 
 

 
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2 réponses à “BIENVENUE À GOMA D’ISABELLE COLLOMBAT (ROMAN)

  1. Oui il est vraiment intéressant. Le sujet n’est pas facile c’est vrai mais ce roman est vraiment bien mené surtout si l’on ne connait pas ou peu cette partie de l’Histoire de l’Afrique…
    Merci pour l’ajout ^^

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